6 fois OK mais pas 7, bordel de bite

Mes collègues appellent ma colocation « La Colocation du Bonheur », et de fait ils ont raison : de façon générale, la franche marrade suinte de chaque mur sale et de chaque meuble défoncé. Même le chat de la maison, qui a pourtant visiblement les coussinets plus puissants que le cerveau si j’en crois ses inlassables tentatives de me soutirer une gratouille alors que je l’envoie paître chez les romains depuis au moins la paire d’années à grand renfort de gesticulations démentes et de hurlements supersoniques, même lui renforce le côté vivant et surtout aléatoire de notre maisonnée.

Il faut dire que question aléatoire on est plutôt au top moumoute de la perruque. En termes de description succincte de notre demeure, je pense que l’expression « bidonville entre les murs sales d’un manoir à moulures avec option élevage de mauvaises herbes en carré extérieur » correspondrait plutôt bien. Ainsi la seule chose plus sale que la moquette de l’escalier, qui est probablement le réservoir à biodiversité le plus développé d’Europe au point qu’on pourrait sans doute la faire protéger par l’UNESCO comme patrimoine national, c’est le vieux drap blanc qui recouvre le canapé pour cacher ses hémorragies externes de vieille mousse jaune, et qui a nettement perdu de son éclat depuis que le chat sus-cité s’y est essuyé les pattes en post roulure de pelage dans le carré à mauvaises herbes d’extérieur (= le « jardin ») (dans lequel plus d’hommes ont uriné au cours des diverses soirées perpétrées que dans les toilettes officiellement adoubées à cet effet).

Dans cette maison, la salle à manger est peuplée de meubles de jardin, les fenêtres de simples vitrages équipés de fentes auto-aérantes, la baignoire d’une montagne de produits cosmétiques, le frigo d’odeurs de crevettes-roquefort, et le salon d’une télévision d’1mètre cube qui, les grands jours, fait du rose et vert dans les coins.

Là-bas, les invitations imprévues sont monnaie courante, permettant des rencontres plutôt sympathiques avec des inconnus totaux au détour du trajet vers la salle de bain, sur le chemin menant à ton pot de Nutella ou encore par l’entremise d’éructations sonores murs-proofs de type intimes.

"Tintain" est un TRES mauvais coloc. Les murs sont en placo, un peu de respect MAYRDE.

Au sein de cet univers post apocalyptique, les habitants sont autonomes et indépendants, si bien que tels des particules suivant un mouvement brownien, ils ne se rencontrent finalement que sporadiquement. Cependant, à la faveur d’un rassemblement spontané, il arrive que de jolies, sinon bucoliques, scènes de la vie quotidienne prennent une tournure inopinée.

Il m’est ainsi arrivée il y a peu, un samedi, de descendre en cuisine en tenue de pyjamoche avec options épi de frange, fessier en liberté en pantalon lâche et marques de drap plein les narines, avant de me servir mon encas de 13h du matin et de partir le déguster en salon. J’y retrouvai avec plaisir deux de mes colocs féminines, qui comme moi à défaut d’être sur leur 31 avaient sorti leur 2,5, et nous commençâmes à tailler le bout de gras allègrement. C’est dans ce moment de douce félicité qu’apparut soudain mon colocataire mâle, qui après un retentissant « SALUT LES FILLES » se laissa tomber dans un fauteuil défoncé avec un grand soupir et nous fit la sortie suivante :

« AAAAAHHH PUTAIIIIN j’ai TROP mal à la bite. »

La cuillère de Chocapic figée devant ma bouche entrouverte, je sentis alors mes yeux s’écarquiller et mon cerveau sur le point d’envoyer des signaux d’hilarité soutenue à mes zygomatiques, mes autres gaies luronnes de colocs se trouvant dans un état similaire, lorsqu’il lâcha tout de suite derrière :

« J’ai éjaculé 6 FOIS hier soir pfouuuuuh j’en peux plus. »

Terrassées par la nouvelle, ce fut seulement un quart de lustre plus tard que nos soubresauts d’hilarité devinrent moins violents, que nos bouchées d’aliments divers et variés furent nettoyées de l’endroit où elles avaient été crachées de surprise, et que nous demandâmes des précisions dans des termes bien précis de type :

« *restes de soubresauts de rire* Eeeeeeheuheuheu (*rires*) non mais attend mais QUOI ?? *larme de rire* »

Et autres :

« DAFUCK ?? »

Et le mâle étalon de dégainer son histoire que je te livre en douze : depuis la quinzaine de nycthémères (mot absolument très drôle), monsieur se trouvait en situation de lit commun avec une roumaine nymphomane. L’information de sa nationalité aurait eu un intérêt aussi élevé que la ménopause de ta mère (fort pardon Internautre mais dans l’ensemble on s’en bat relativement le poireau) si elle n’avait pas impliqué d’une part des imitations de la part de mon coloc d’un accent prononcé et de l’autre une maîtrise de la langue ponctuée de légers effets de style. Par exemple, il est vrai que personnellement j’aurais plutôt mit en guise de bonne nuit de type sms « Je ferai de doux rêves à l’idée de ton pénis au contact de mon rectum » que son « Je dormirai bien en pensant à comment tu m’encules ». Mais bon il est vrai qu’après tout, chaque tournure est source d’un effet de style consommé, et il serait dommage que cette jeune personne bride sa personnalité créative.

Sur ce, je laisse au coloc mâle le mot de la fin via cette citation pleine de poésie :

« P’TAIN mais cette meuf elle est TELLEMENT à fond que même en LEVRETTE j’avais l’impression que c’était elle qui me baisait. »

Je te raconterai une prochaine fois comment le ballon d’eau chaude de la salle de bain s’est un jour vautré sur le carrelage en post décrochage de mur spontané à peine quelques heures après que la fenêtre de la pièce d’en dessous n’ait été brisée par un lancer de magazine hasardeux.

Get ready baby.

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Publié le 19 avril 2012, dans Delirium très mince, et tagué . Bookmarquez ce permalien. 2 Commentaires.

  1. Tellement marrant ce poste!! Parfait!

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