Archives Mensuelles: mai 2014

DDIY l’anti tuto : Ginette la moufette

J’ai des amis très spéciaux.

Par exemple, quand Zozo s’est baladée pendant toute une soirée avec un anneau en plastique autour du majeur de sa main droite avec 2 gros yeux exorbités au bout, ce qui transformait sa paluche en marionnette chaussette. Et elle a parlé à la moitié du bar en appelant sa main « Kékette ». Et Kékette a fait la bise à au moins 6 inconnus.

Dit bonjour à Kékette et Kiki !

Ou quand Couscous a versé une bouteille d’1L d’eau dans le lit de Choucroute en éructant « DORMIR RAPIDE, DORMIR LIQUIDE ! ». Et Choucroute a ri.

Ou quand Fardi m’a balancé un parapluie à la gueule en hurlant « ES TU PRETE POUR UNE INVASION DE ZOMBIES ?? VOICI TON ARME » avant de s’avancer vers moi en grognant la bave aux lèvres, dans une très belle imitations du cadavre ambulant post AVC.

Ou quand un soir j’ai trouvé M. Akov tout bourré agenouillé la tête dans le sac en papier de mes achats de l’après-midi, et que je lui ai alors posé une question selon moi légitime : « Ben qu’est ce que tu fous ?? ». Sa réponse (venant du fond du sac) : « Je voulais voir ce qu’il y avait dedans ». OK.

Bref, j’ose à peine te raconter ce que mes amis Bougie et Vrillette m’ont répondu lorsque je leur ai demandé à l’image de quel animal ils aimeraient que je fabrique un doudou pour leur futur bébé (qui est aujourd’hui un actuel bébé) (de type beau et qui sent bon). Dans un mode conventionnel, ils auraient pu opter pour le chat ou le chien. Ou s’ils avaient été un peu foufous, ils m’auraient demandé une girafe ou une tortue. Mais comme ce sont 2 gros fous furieux bons à enfermer, ils m’ont demandé… Une moufette. Une putain de moufette. Pour celui du fond qui ne sait pas ce que c’est, et bien pense à Bambi. C’est bon, c’est fait ? Bon, maintenant pense aux copains de Bambi. Ya Panpan, mais Panpan c’est un lapin donc de toute évidence pas une moufette (suit un peuuu lààà). Arrête toi plutôt sur l’autre pote de Bambi, un machin noir et blanc, qui ressemble à une fouine… Oui voilà, le putois. Tu l’as ? Ben voilà, c’est Fleur la Moufette. Enfin le Moufette vu que c’est un garçon (oui, je sais, c’est dur à croire mais c’est une vérité importante à admettre pour avancer sereinement dans la vie).

Monsieur Fleur le Moufette, pour vous servir.

Pour info, voici le point 30 millions d’amis qui puent : la différence entre la moufette et son cousin le putois.

Enfin bon, me voilà donc partie à la recherche d’un tuto de doudou moufette sur internet. Et tu sais quoi ? Y en a pas. Zéro.

Alors je ne suis pas certaine, mais à mon sens il y a certainement un rapport avec le fait que strictement personne ne veut une peluche moufette pour son gamin. Personne. Sauf Bougie et Vrillette.

J’ai donc réfléchi moult et moult, et j’ai finalement accouché d’un aménagement du patron du doudou Lapinou en lui ajoutant de la queue. Et surtout en allant au marché St Pierre faire quelques emplettes au rayon fourrure, vu que les moufettes ça a du poil long. Ah, petit détail : ils souhaitaient une moufette colorée funky.

OK, challenge accepted ! C’est parti Kiki !

Alors en premier j’ai choisi un superbe tissu rouge avec des étoiles de toutes les couleurs, qui a l’incroyable avantage d’être élastique. Le + du tissu élastique : c’est élastique (cimer l’intello jusque là on s’en sortait sans toi) ET DONC ça fait du moelleux une fois rembourré. Le – du tissu élastique : cette grosse MERDE s’enroule sur elle même sur les bords. Je te laisse imaginer le plaisir que c’est à coudre.

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Histoire de conserver au truc une tronche de moufette malgré l’avalanche de couleurs du tissu étoilé, j’ai opté pour une fausse fourrure tout simplement blanche. Le + : c’est beau et doux, ça fait chaud dans le coeur. Le – : ça fout du poil PARTOUT et c’est EPAIS de la mort, grosse grosse galère à coudre en sandwich entre 2 épaisseurs de tissu, surtout si ledit tissu a la propriété de s’enrouler sur lui même (tu vois où je veux en venir ? La galère).

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Les dégâts du faux poil.

Ensuite je suis partie sur la couture de fourrure. Et là l’horreur. J’ai failli tout balancer par la fenêtre, machine, tissu, mon postérieur, tellement c’était l’enfer. Quelques leçons sur la couture de fourrure :

1) Les poils longs c’est joli mais quand tu découpes le tissu, tu veux pas couper les poils avec. Donc qu’est ce que tu fais ? Tu les peignes vers l’intérieur avant de couper, histoire que le machin se retrouve pas avec un iroquois sur le flanc.

2) Quand tu couds SUR les poils, tu re-peignes en faisant une raie dans le poil tout le long de ta ligne de couture pour pas coudre par dessus les poils. Et c’est chiant. Et quand tu couds SOUS les poils, c’est à dire au travers du tissu qui est lui même sur l’envers du bout de fourrure, ben tu vois rien.

3) La fourrure, c’est épais, et ça rentre pas tellement sous la machine à coudre.

4) la fourrure, ça perd ses poils

5) La machine à coudre, ça aime pas trop se prendre des poils de fausse fourrure qui s’ébattent joyeusement et en toute liberté dans le mécanisme.

Bon, au final ça a donné ça :

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Le dos de Ginette

  Et pour sa tête j’ai cousu un mini bout de fourrure, mais comme le poil était trop long je lui ai offert une petite coupe en brosse <320140302_142258

Pour Ginette j’ai pas fait la même bourde qu’avec le Lapinou, j’ai cousu direct les yeux et le museau AVANT de coudre l’ensemble. Comme tu peux le voir, je fais toujours du beau travail de sagouin (mais bon après c’est caché dedans, alors osef).

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Ah oui et il a effectivement la tronche en biais, c’est un peu ma marque de fabrique (vu qu’en fait j’ai trop la flemme de le repositionner correctement) (mais ça lui donne une tronche rigolote après alors c’est pas grave) (non ?)

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Tronche en biais, confirmation.

Et quand j’ai voulu rassembler les deux en les cousant à l’envers comme d’hab, c’est là que l’épaisseur de la fourrure dont je parlait ya 3 lignes s’est soudain faite sentir.

Ça dégueulait de partout.

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La merde quoi.

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Et toujours avec des coutures de qualité, cependant :

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C’est là que j’ai finalement été contente que Ginette soit élastique, quand j’ai du retourner le machin telle la chaussette à la fin, avec l’épaisseur de la fourrure ça serait jaaaamais passé avec un tissu normal (ou pire, un tissu avec la rigidité du béton, comme la queue de Trévor le Castor).

Et là SURPRISE, quand j’ai retourné Ginette, elle était quasi en beauté !!

Du coup, aujourd’hui le mini Bougie + Vrillette écoule des nuits paisibles avec sa nouvelle copine la Moufette Funky.

YEAAAH

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Comment rencontrer l’âme soeur

J’ai beaucoup étudié la typologie des rencontres de l’amour par le biais de mon immense culture cinématographique made in NT1 / TMC / W9, et je pense qu’il n’est que justice que je te fasse profiter de ma science à mon tour.

Normalement, ça commence comme ça :

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« Pas mal ce petit orgasme multiple simultané, en même temps minimum pour une première fois »

Jenny claqua la portière de sa voiture derrière elle et s’arrêta un instant devant le spectacle qui s’offrait à elle. Au bout d’une longue allée pavée bordée de larges pelouses envahies par les mauvaises herbes, un immense manoir à 2 étages s’élevait, entouré d’immenses arbres aux innombrables ramifications.

« Waw » souffla Jenny, ébahie. Elle avança de quelques pas dans l’allée, mais fut vite rappelée à l’ordre par quelques aboiements impérieux provenant de sa voiture.

« Ça va, j’arrive ! », dit elle en revenant sur ses pas. Elle ouvrit la portière arrière, et en sortit un chien de taille moyenne au poil brun ébouriffé, qui partit aussitôt en courant dans le jardin.

« EH attend moi ! » cria Jenny en souriant, puis elle s’élança à la poursuite de son chien. Elle piétina des fougères, enjamba des racines, et contourna finalement la maison.

« Jumbo, où est-ce que tu… OH Pardon ! » En passant le coin de la maison, elle n’avais pas eu le temps de remarquer l’homme qui se tenait là, courbé vers le sol, et l’avait violemment percuté. Un peu sonnée, Jenny posa brièvement une main sur le bras de l’homme en bredouillant des excuses. Malgré sa gène, elle ne put s’empêcher de remarquer que l’inconnu était particulièrement séduisant, avec ses yeux noisettes rieurs et sa courte barbe blonde. Sous le choc, il avait failli s’étaler de tout son long dans les plates-bandes qu’il examinait, mais il avait finalement réussi à rester sur ses deux pieds.

« Je suis vraiment désolée, je ne vous avais pas vu » s’excusa Jenny en repoussant une mèche de cheveux auburn derrière son oreille. « Mais au fait, reprit-elle, qui êtes-vous ? » L’homme sourit, et de fines ridules firent pétiller ses yeux.

« Ce n’est rien, répondit-il, c’est vrai que je n’étais pas placé à un endroit très stratégique. » Il fit une pause, et lui tendit un grande main solide : « Ben Lorca, enchanté, je garde cette maison depuis le décès de la propriétaire. Et vous, vous êtes ?.. »

« Jenny Feldman, je suis la petite fille de l’ancienne propriétaire, répondit-elle en lui serrant la main, et je suis venue trier ses affaires, et nettoyer la maison pour la vendre ».

« Oh. C’est dommage, c’est une très belle propriété », dit-il en souriant, son regard planté dans celui de Jenny. Cette dernière se rendit compte qu’ils se tenaient toujours la main. Elle lui rendit son sourire.

(Suit une ellipse de 100 pages au cours desquelles ils rénovent la propriété tous les deux, puis Jenny tombe amoureuse de Ben, mais trouve ce dernier de plus en plus distant, parce qu’en réalité il avait peur de lui avouer : qu’il avait 2 enfants roux/ que c’était lui qui était allé gentiment chercher la boite de somnifères qui avaient accidentellement tués sa grand-mère / qu’en réalité il est millionnaire et avait peur qu’elle ne l’aime que pour son pognon / etc, etc, choisir une option) (puis, enfin…)

Jenny s’avança lentement, sa jolie robe bleue nuit bruissant légèrement autour de ses jambes. Elle n’en croyait pas ses yeux. Le manoir était transformé. Des guirlandes scintillaient tout autour du porche, faisant ressortir sa nouvelle façade crème, et une enfilade de bougies répandaient une chaude lueur le long de l’allée pavée ainsi que sur le pourtour de la terrasse. Émerveillée, elle s’avança lentement le long de l’allée. Elle vit alors Ben descendre les marches du porche et marcher vers elle, si beau dans sa chemise bleue et son blazer noir. Arrivé devant elle, il lui prit les mains, et plongea son regard noisette dans le sien.

« Jenny, nous avons traversé quelques épreuves, toi et moi’, et à ces mots ils rirent doucement tous les deux. « J’ai été stupide, je tenais tellement à toi et j’ai eu peur de te perdre ». Jenny lui lâcha momentanément la main pour s’essuyer un œil, rendu humide par l’émotion.

« Mais aujourd’hui j’ai compris, reprit-il, j’ai compris que nous étions faits l’un pour l’autre ». Il plongea alors sa main à l’intérieur de sa veste, et s’agenouilla. Jenny rit au milieu de ses larmes de joie.

« Jenny, je n’ai jamais été aussi heureux que depuis que je te connais, et j’aimerais passer le reste de ma vie à essayer de te faire ressentir pareil pour que tu sois une larme qui nait dans mes yeux, vit sur ma joue et meurt dans ma barbe. » Il ouvrit l’écrin qu’il tenait dans la main, dévoilant une superbe bague scintillante. « Je t’aime, veux-tu me prendre en épousailles ? »

« OH OUI, mille fois oui du cul ! » Répondit Jenny en s’agenouillant devant lui avant de lui tomber dans les bras.

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Pardon, je me suis un peu relâchée sur la fin, mais bon en même temps ça devenait chiant. Bref, c’est comme ça qu’il faut rencontrer le love normalement :

1) Coup de foudre suite à une rencontre impromptue

2) Péripéties de type « malentendu qui aurait pu se dissiper en un paragraphe si les héros avaient décidé de se parler franchement dès le début » histoire de rallonger le bouquin, un peu de cul aussi histoire de placer des expression clés du genre « elle sentit son membre se dresser contre sa jambe » ou encore « et dans un dernier effort, ils furent emportés par une ultime vague de plaisir » (car tous les bouquins d’amour précisent que le premier rapport sexuel est tellement réussi qu’ils ont forcément un orgasme simultané)

3) Fin en forme de demande en mariage ou de bisou sur fond de lever de soleil.

Maintenant penchons nous un peu sur la réalité. Ça va être drôle. Bien sûr, tout événement ressemblant de près ou de loin à quelque chose que toi ou moi aurions vécu serait purement inopinée.

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1er pas vers le love dans la vraie vie

Jenny s’accouda au bar, hilare. « Qu’est ce qu’il y a, pourquoi tu ris comme ça ? » hurla Ben, qui venait de la rejoindre, pour couvrir la musique. « C’est rien, répondit-elle, c’est Paulo qui m’a raconté une blague pourrie, j’adore »

Elle regarda vers la salle en souriant, dansant à demi sur une chanson à la mode, en regardant les autres membres de leur bande de pote évoluer dans le bar.

« Je t’offre un shot ? » lui cria Ben. Elle accepta avec plaisir, elle n’avait jamais goûté les shots d’absinthe qui étaient la spécialité de ce bar. Cela faisait maintenant 8 ou 9 mois qu’ils se connaissaient avec Ben, Paulo, et les autres, en fait depuis qu’ils s’étaient rencontrés au sein de la promotion de leur dernière année d’étude. Ben et elle n’avaient jamais pensé l’un à l’autre autrement qu’au travers de leur amitié, mais depuis quelques semaines elle sentait que quelque chose avait changé. Elle pensait souvent à lui, elle recherchait sa compagnie même lorsque les autres étaient là, et elle sentait bien qu’il y avait un fond de réciprocité.

Les verres à shot arrivèrent rapidement. Ils trinquèrent, puis burent d’une traite. « Ca va ? » s’enquit Ben d’une voix forte. « Oui oui », répondit Jenny. En réalité, elle qui maitrisait bien les effets de l’alcool se sentait prise de court par l’étourdissement instantané que lui avait occasionné le shot d’absinthe. « Je vais m’asseoir’, dit-elle en désignant une banquette du doigt. Elle s’y assit, mais elle se sentait de plus en plus sonnée. Elle sentit bientôt une main sur son épaule. Ben s’était assis à côté d’elle, inquiet de la voir mal : « Ça va ? Tu veux sortir un moment ? », et sans attendre sa réponse, il lui passa un bras autour de ses épaules et l’emmena à l’extérieur du bar, un peu à l’écart des habituelles cohortes de fumeurs ou de gens trop bourrés en quête d’air frais. Souffrant toujours de vertiges, Jenny appuya son front sur l’épaule de Ben, qui en profita pour l’enlacer.

C’est là, tout bourrés devant ce bar, qu’ils s’embrassèrent pour la première fois.

(Et là ellipse de X années, ils sortent, apprennent à se connaitre, tombent amoureux, couchent ensemble pour la première fois, puis enchainent sur une deuxième fois pour rattraper la première, ils se disputent parfois, elle grossit un peu parce qu’il bouffe que des pâtes, mais finalement elle reperd, ils organisent leurs premières vacances ensemble, puis plein d’autres, ils rient, ils vont au ciné, ils emménagent ensemble, ils apprennent à gérer la routine, les lessives, le sexe de mieux en mieux mais environ jamais d’orgasmes simultanés, ils s’aiment, ils sont heureux, et parfois ils allument des bougies pour faire joli)

THE END

 

Le jour où Yves-Karim a décidé de quitter l’Autoroute de la Vie

Ma mère croit beaucoup au Destin.

Selon les gens, il y a plusieurs façons d’envisager le Destin :

1) Quelque part sur une vieille plateforme de vapeur d’eau en suspension dans le firmament, un vieux bonhomme sec comme un P’tit LU est assis tout seul tel le CD 2 titres d’Ozone en fin de vide-grenier, un énorme grimoire posé sur ses jambes croisées en tailleur.

Le Destin en marche.

Mordillant sa plume d’oie qu’il arracha au passage à un pauvre volatile un jour où il volait bas et les oies haut, il prend un air songeur, les yeux plissés dans une très belle imitation des meilleurs moments de Clint Eastwood. Soudain, son visage s’anime et il s’écrie :

« AH NON pas question que Johnny-Kevin ait son bac cette année, après avoir séché tous les cours de philo ! Par contre, Robin-Steve pas de soucis, j’aime bien ta gueule. On va dire que tu vas avoir ta copie échangée par erreur avec celle de Yves-Karim, et comme ça BIM Bac. Après Yves-Karim aura jamais son bac, et il tombera amoureux, mais elle voulait juste rendre sa rivale jalouse avant de le téj comme un caca, du coup il se mettra à la sculpture pour évacuer son mal être, mais il sculptera que du caca, du coup… »

Abdoul Yves Akim flyyyy.

Le vieux bonhomme griffonne en tout petit sur son grimoire, pendant encore des heures et des heures. Le pauvre Yves-Karim ne pourra rien faire, sa vie est irrémédiablement vouée à imiter la bouse de vache s’écrasant gracieusement dans l’herbe folle. Car le vieux du Destin s’en fout, il écrit, ça se réalise, et tu n’es rien d’autre que la marionnette actionnée par ses coups de plume.

2) Yves-Karim ne comprend pas, il lui avait pourtant bien semblé avoir réussi son épreuve de bac. Il enfoui son visage dans ses mains. Il a presque envie de pleurer, mais il est encore dans la cour de son lycée au milieu de ses camarades, sur le premier muret qui a croisé son chemin après avoir vu les résultats de l’examen sur le panneau prévu à cet effet.

« Eh, ça va pas ? »

Yves-Karim lève les yeux, et oublie momentanément de respirer. Julie-Corinne le regarde avec ses grands yeux noisette, un sourire compatissant sur ses lèvres naturellement couleur framboise. Elle s’assied à côté de lui, il n’en croit pas sa chance.

Yves-Karim, subjugué par Julie-Corinne.

Elle disserte sur tout et rien, secoue ses cheveux, fronce parfois le nez, et lui l’écoute, hypnotisé. Au bout d’un moment, il se rend compte qu’elle lance souvent des coups d’œils méchants derrière eux. Il la surveille plus attentivement, et la voit réitérer son geste encore et encore. Pris de curiosité, il tourne la tête. Quelques mètres plus loin, il rencontre le regard de Louise-Annie, assise sur une pelouse, un livre ouvert devant elle mais les yeux rivés sur eux. Son visage a l’air triste, et même… Déçu. Elle lui fait signe de venir la rejoindre. C’est sa meilleure amie, il l’aime beaucoup, mais il hésite. Elle ne lui aurait jamais cassé son coup sans une bonne raison, surtout un jour où il avait raté son examen et méritait bien un peu de réconfort. Et puis Julie-Corinne était la plus jolie fille de la classe. D’ailleurs elle continuait à s’écouter parler, riant gracieusement à ses propres bons mots et papillonnant des yeux. Soudain, elle se rend compte qu’Yves-Karim est distrait. Son joli visage se ferme et elle se lèvre du muret :

« Tu préfères cette petite moche, c’est ça ? » 

En voyant l’expression choquée d’Yves-Karim, elle se reprend et son visage redevient enjôleur :

« Allez, viens on va se promener tous les deux »

A ce moment précis, Yves-Karim sait que Julie-Corinne n’agit que par orgueil pour prouver sa supériorité à Louise-Annie. Mais elle est si jolie. En plus elle vient clairement de s’écouter parler pendant la dernière demie heure, ce qui est une manie plutôt pénible et montre bien qu’elle s’intéresse peu à sa personne à lui. Mais quand même, elle est canon. Il jette un coup d’œil dans la direction de Louise-Annie. Elle s’est levée et semble figée dans son mouvement, une expression d’attente anxieuse sur son visage mate. Il ne veut pas la décevoir. Il se retourne vers Julie-Corinne. Elle est si belle, avec ses boucles blondes voletant dans la brise. Il ouvre la bouche pour lui dire qu’il veut bien se promener, juste un petit moment, quand soudain Robin-Steve surgit, ses lunettes de travers et sa bouche fendue d’un grand sourire dévoilant son appareil dentaire :

« OOOOOooooooh laisse tomber comment j’ai eu mon bac vas-y le coup de chatte !! »

Il avise alors Julie-Corinne et comme porté par des ailes, se jette à l’eau :

« Eh, ça te dirait un petit ciné avec un mec diplômé ? »

Elle reste un moment la bouche entrouverte, puis sa bouche se plisse dans une moue de dégoût :

« Certainement pas, le jour où j’aurais décidé de sortir avec un moche, je te tiendrai au courant »

Puis elle reporta son attention sur Yves-Karim, mais il avait disparu ! Elle fini par le repérer  en train de marcher en direction de Louise-Annie.

« PAUVRE CON »

Jeta-t-elle, dépitée. Yves-Karim ne se retourna pas, de peur de regretter son choix. Il savait pourtant qu’il avait fait le bon, que cette fille l’aurait empoisonné, mais imagine s’il avait pu coucher avec… La gloire ! Non, non, il avait le cœur trop tendre, pas question de prendre le risque de tomber amoureux d’une fille aussi égocentrique. Elle aurait pu le pousser au désespoir, lui faire renoncer à son avenir, peut-être même devenir sculpteur de cacas, mais il n’en sera pas ainsi. Il avait fait un autre choix.

Arrivé devant Louise-Annie, il lui sourit tristement, encore fragile dans sa volonté de faire le meilleur choix. Mais devant la lueur de fierté qu’il lu dans son regard, toutes ses incertitudes fondirent.

« Bon, viens on va rejoindre les gens au parc, histoire de se changer les idées »

Il sourit.

3) Ma mère pense que souvent, le vieux bonhomme jette des choix sur ta vie pour te permettre de choisir un chemin. Cela dit, le plus souvent ces choix prennent la forme d’idées ou de remarques de ton entourage, qui, si tu les prenais au mot, te feraient quitter l’autoroute bien tracée de ta vie.

La vie est limitée à 180

Parce que le choix ça n’est pas que « gauche ou droite », c’est beaucoup plus souvent « la sécurité ou l’aventure ». Ça n’est pas « boulot 1 ou boulot 2 », mais plutôt « rester au boulot 1 où tu as une bonne cantine et un rythme pépère comme à la retraite, ou partir pour le boulot 2 où tu sais pas à quelle sauce tu vas être mangé et peut-être que t’auras plus tes soirées de libre comme avec le boulot 1, mais bordayl ça a l’air passionnant »

Parce que putain, (attention métaphore filée admire) j’ai pas envie de me retrouver au bout de l’autoroute de la vie sans avoir tenté la départementale.

Eh oui, c’est mon blog, je fais les métaphores de mayrde que je veux. Tu m’as comprise de toute façon.