Comment rencontrer l’âme soeur

J’ai beaucoup étudié la typologie des rencontres de l’amour par le biais de mon immense culture cinématographique made in NT1 / TMC / W9, et je pense qu’il n’est que justice que je te fasse profiter de ma science à mon tour.

Normalement, ça commence comme ça :

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« Pas mal ce petit orgasme multiple simultané, en même temps minimum pour une première fois »

Jenny claqua la portière de sa voiture derrière elle et s’arrêta un instant devant le spectacle qui s’offrait à elle. Au bout d’une longue allée pavée bordée de larges pelouses envahies par les mauvaises herbes, un immense manoir à 2 étages s’élevait, entouré d’immenses arbres aux innombrables ramifications.

« Waw » souffla Jenny, ébahie. Elle avança de quelques pas dans l’allée, mais fut vite rappelée à l’ordre par quelques aboiements impérieux provenant de sa voiture.

« Ça va, j’arrive ! », dit elle en revenant sur ses pas. Elle ouvrit la portière arrière, et en sortit un chien de taille moyenne au poil brun ébouriffé, qui partit aussitôt en courant dans le jardin.

« EH attend moi ! » cria Jenny en souriant, puis elle s’élança à la poursuite de son chien. Elle piétina des fougères, enjamba des racines, et contourna finalement la maison.

« Jumbo, où est-ce que tu… OH Pardon ! » En passant le coin de la maison, elle n’avais pas eu le temps de remarquer l’homme qui se tenait là, courbé vers le sol, et l’avait violemment percuté. Un peu sonnée, Jenny posa brièvement une main sur le bras de l’homme en bredouillant des excuses. Malgré sa gène, elle ne put s’empêcher de remarquer que l’inconnu était particulièrement séduisant, avec ses yeux noisettes rieurs et sa courte barbe blonde. Sous le choc, il avait failli s’étaler de tout son long dans les plates-bandes qu’il examinait, mais il avait finalement réussi à rester sur ses deux pieds.

« Je suis vraiment désolée, je ne vous avais pas vu » s’excusa Jenny en repoussant une mèche de cheveux auburn derrière son oreille. « Mais au fait, reprit-elle, qui êtes-vous ? » L’homme sourit, et de fines ridules firent pétiller ses yeux.

« Ce n’est rien, répondit-il, c’est vrai que je n’étais pas placé à un endroit très stratégique. » Il fit une pause, et lui tendit un grande main solide : « Ben Lorca, enchanté, je garde cette maison depuis le décès de la propriétaire. Et vous, vous êtes ?.. »

« Jenny Feldman, je suis la petite fille de l’ancienne propriétaire, répondit-elle en lui serrant la main, et je suis venue trier ses affaires, et nettoyer la maison pour la vendre ».

« Oh. C’est dommage, c’est une très belle propriété », dit-il en souriant, son regard planté dans celui de Jenny. Cette dernière se rendit compte qu’ils se tenaient toujours la main. Elle lui rendit son sourire.

(Suit une ellipse de 100 pages au cours desquelles ils rénovent la propriété tous les deux, puis Jenny tombe amoureuse de Ben, mais trouve ce dernier de plus en plus distant, parce qu’en réalité il avait peur de lui avouer : qu’il avait 2 enfants roux/ que c’était lui qui était allé gentiment chercher la boite de somnifères qui avaient accidentellement tués sa grand-mère / qu’en réalité il est millionnaire et avait peur qu’elle ne l’aime que pour son pognon / etc, etc, choisir une option) (puis, enfin…)

Jenny s’avança lentement, sa jolie robe bleue nuit bruissant légèrement autour de ses jambes. Elle n’en croyait pas ses yeux. Le manoir était transformé. Des guirlandes scintillaient tout autour du porche, faisant ressortir sa nouvelle façade crème, et une enfilade de bougies répandaient une chaude lueur le long de l’allée pavée ainsi que sur le pourtour de la terrasse. Émerveillée, elle s’avança lentement le long de l’allée. Elle vit alors Ben descendre les marches du porche et marcher vers elle, si beau dans sa chemise bleue et son blazer noir. Arrivé devant elle, il lui prit les mains, et plongea son regard noisette dans le sien.

« Jenny, nous avons traversé quelques épreuves, toi et moi’, et à ces mots ils rirent doucement tous les deux. « J’ai été stupide, je tenais tellement à toi et j’ai eu peur de te perdre ». Jenny lui lâcha momentanément la main pour s’essuyer un œil, rendu humide par l’émotion.

« Mais aujourd’hui j’ai compris, reprit-il, j’ai compris que nous étions faits l’un pour l’autre ». Il plongea alors sa main à l’intérieur de sa veste, et s’agenouilla. Jenny rit au milieu de ses larmes de joie.

« Jenny, je n’ai jamais été aussi heureux que depuis que je te connais, et j’aimerais passer le reste de ma vie à essayer de te faire ressentir pareil pour que tu sois une larme qui nait dans mes yeux, vit sur ma joue et meurt dans ma barbe. » Il ouvrit l’écrin qu’il tenait dans la main, dévoilant une superbe bague scintillante. « Je t’aime, veux-tu me prendre en épousailles ? »

« OH OUI, mille fois oui du cul ! » Répondit Jenny en s’agenouillant devant lui avant de lui tomber dans les bras.

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Pardon, je me suis un peu relâchée sur la fin, mais bon en même temps ça devenait chiant. Bref, c’est comme ça qu’il faut rencontrer le love normalement :

1) Coup de foudre suite à une rencontre impromptue

2) Péripéties de type « malentendu qui aurait pu se dissiper en un paragraphe si les héros avaient décidé de se parler franchement dès le début » histoire de rallonger le bouquin, un peu de cul aussi histoire de placer des expression clés du genre « elle sentit son membre se dresser contre sa jambe » ou encore « et dans un dernier effort, ils furent emportés par une ultime vague de plaisir » (car tous les bouquins d’amour précisent que le premier rapport sexuel est tellement réussi qu’ils ont forcément un orgasme simultané)

3) Fin en forme de demande en mariage ou de bisou sur fond de lever de soleil.

Maintenant penchons nous un peu sur la réalité. Ça va être drôle. Bien sûr, tout événement ressemblant de près ou de loin à quelque chose que toi ou moi aurions vécu serait purement inopinée.

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1er pas vers le love dans la vraie vie

Jenny s’accouda au bar, hilare. « Qu’est ce qu’il y a, pourquoi tu ris comme ça ? » hurla Ben, qui venait de la rejoindre, pour couvrir la musique. « C’est rien, répondit-elle, c’est Paulo qui m’a raconté une blague pourrie, j’adore »

Elle regarda vers la salle en souriant, dansant à demi sur une chanson à la mode, en regardant les autres membres de leur bande de pote évoluer dans le bar.

« Je t’offre un shot ? » lui cria Ben. Elle accepta avec plaisir, elle n’avait jamais goûté les shots d’absinthe qui étaient la spécialité de ce bar. Cela faisait maintenant 8 ou 9 mois qu’ils se connaissaient avec Ben, Paulo, et les autres, en fait depuis qu’ils s’étaient rencontrés au sein de la promotion de leur dernière année d’étude. Ben et elle n’avaient jamais pensé l’un à l’autre autrement qu’au travers de leur amitié, mais depuis quelques semaines elle sentait que quelque chose avait changé. Elle pensait souvent à lui, elle recherchait sa compagnie même lorsque les autres étaient là, et elle sentait bien qu’il y avait un fond de réciprocité.

Les verres à shot arrivèrent rapidement. Ils trinquèrent, puis burent d’une traite. « Ca va ? » s’enquit Ben d’une voix forte. « Oui oui », répondit Jenny. En réalité, elle qui maitrisait bien les effets de l’alcool se sentait prise de court par l’étourdissement instantané que lui avait occasionné le shot d’absinthe. « Je vais m’asseoir’, dit-elle en désignant une banquette du doigt. Elle s’y assit, mais elle se sentait de plus en plus sonnée. Elle sentit bientôt une main sur son épaule. Ben s’était assis à côté d’elle, inquiet de la voir mal : « Ça va ? Tu veux sortir un moment ? », et sans attendre sa réponse, il lui passa un bras autour de ses épaules et l’emmena à l’extérieur du bar, un peu à l’écart des habituelles cohortes de fumeurs ou de gens trop bourrés en quête d’air frais. Souffrant toujours de vertiges, Jenny appuya son front sur l’épaule de Ben, qui en profita pour l’enlacer.

C’est là, tout bourrés devant ce bar, qu’ils s’embrassèrent pour la première fois.

(Et là ellipse de X années, ils sortent, apprennent à se connaitre, tombent amoureux, couchent ensemble pour la première fois, puis enchainent sur une deuxième fois pour rattraper la première, ils se disputent parfois, elle grossit un peu parce qu’il bouffe que des pâtes, mais finalement elle reperd, ils organisent leurs premières vacances ensemble, puis plein d’autres, ils rient, ils vont au ciné, ils emménagent ensemble, ils apprennent à gérer la routine, les lessives, le sexe de mieux en mieux mais environ jamais d’orgasmes simultanés, ils s’aiment, ils sont heureux, et parfois ils allument des bougies pour faire joli)

THE END

 

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Publié le 18 mai 2014, dans Delirium très mince. Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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