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Le produit nul : arrêtez de faire semblant d’innover !

En à peine un siècle, l’humanité a innové comme jamais depuis le feu, la roue et la crème hydratante. On a remplacé les chevaux par des moteurs au pétrole, les courriers par les mails, le fixe par les SMS, et les bals mondains par Tinder.

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Slide du pouce à gauche, slide du pouce à droite, beaucoup moins fatiguant que la valse #progrès

Dans une frénésie post guerres, l’humain s’est surpassé comme pour compenser les pertes récentes en rendant la vie plus facile aux survivants. Alors il faut avouer que le TGV, c’est très utile. Les culottes, c’est très confo. les machines à laver, c’est top. Ikéa, c’est pratique. Internet, c’est comme un sacré 3e poumon.

Mais les gars, à un moment faut arrêter de faire semblant. Quand vous sentez que vous avez pas l’idée du siècle, laissez tomber. Franchement, ça SE VOIT que vous ramez dans le cambouis. Au bout d’un moment on est pas SI CONS QUE CA, c’est pas parce que vous nous dites que ce que vous avez pondu est une innovation que ça a soudain pas l’air d’être sorti d’un vieux cul.

Non mais regarde moi ce que j’ai vu à la télé tout à l’heure :

#Innovation2017 : la baguette déjà tranchée

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Et en plus elles roulent sur des tomates !

Non je vous assure, on en est là. C’est à dire que quand quelqu’un a inventé l’eau courante, c’est vrai que ça a arrangé tout le monde, rapport au fait que plus personne n’avait à se taper des kilomètres en extérieur pour remplir la gamelle de Kiki.

Mais l’enthousiasme qui nait devant une innovation d’exception peut éventuellement s’essouffler devant ça :

Homme souriant face caméra : « Ma petite Julia je suis vraiment super désolé, je suis encore rentré tard hier je suis resté avec mes potes, je te promets que je le referai plus, je rentrerai plus tôt pour te filer un coup de main »

Voix de femme + texte qui s’affiche : AIDONS CELLES QUI AIDENT TANT

Voix de femme sur images de sandwichs : Déja fendue, c’est si simple et si gourmand !

Voix de femme sur image produit : La Boulangère, Rendons le monde meilleur

On comprend que Julia = bobonne, visiblement la responsable officielle des sandwichs, qui sera drôlement soulagée maintenant qu’elle n’a plus à passer quinze secondes de son temps à trancher les baguettes.

On comprend également que selon la marque La Boulangère et son agence de pub, tout ce que la femme demande, c’est un homme qui lui donne un coup de main, comme un genre de subordonné domestique. Et là dessus je renvoie au post très juste d’Emma qui a pas mal tourné ces dernier temps sur la charge mentale. Pour faire court, la charge mentale c’est la responsabilité qui pèse sur une seule personne de foyer (généralement la femme selon les statistiques) de savoir ce qui doit être fait (ici sur le plan domestique). Que faut il écrire sur la liste des courses ? A quelle heure le bébé est il supposé faire la sieste ? Où est rangée la serpillère ? Si une seule des deux personnes du couple connait la réponse à ces questions, alors elle supporte seule cette charge mentale, tandis que l’autre considère que son rôle est uniquement de la suppléer.

Mais heureusement, grâce à La Boulangère, le pain est maintenant déjà tranché ! Quel soulagement ! La charge mentale s’effondre soudain.

Cependant une chose reste encore peu claire : à quel moment le mec a aidé qui que ce soit à quoi que ce soit, vu que c’est même pas lui qui a fendu les baguettes ?

Bref, vraiment merci encore aux génies du market qui ont enfin mis le doigt sur un vrai besoin du quotidien. Pour les moments de disette créative, je me permets de leur suggérer de nouvelles options parfaitement innovantes :

#InnovationDuTurfu : la brosse à dentifrice

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Ne me dis pas que tu trouves ça mal fait, mon fichier ppt et moi serions hyper vexés :’/

Grâce à la brosse à dentifrice, plus besoin de presser le tube de dentifrice sur votre brosse à dents : le dentifrice est intégré dans le manche de la brosse ! Vous n’avez plus qu’à appuyer sur le tube-manche pour faire sortir du dentifrice sur les poils… Et à brosser ! Quel bonheur.

#InnovationDuTurfu : le PipiQ et le PQaca

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En jaune le PipiQ, en blanc les épaisseurs soin d’anus pour PQaca

Dur de savoir quelle quantité de papier prendre quand on est aux toilettes ! Avec ce produit, fini les prises de cul ! Le PipiQ est prédécoupé à la taille optimale pour essuyer un pipi moyen, tandis que le PQaca est une couche plus épaisse et imbibé d’aloe vera, pour un anus propre et hydraté !

Chers industriels, si même avec ces fantastiques suggestions toutes fraiches et dépourvues de tout brevet ni protection de droit d’auteur vous ne trouvez pas satisfaction, alors plus personne ne peut rien pour vous. J’insiste, c’est cadeau !

Et pour conclure, comme disait la nana de la météo M6 il y a à peine 7 minutes :

« Passez une très belle journée à tous ! »

Missmétéo

 

« J’espère que mon fils ne sera pas homo »

L’homophobie est parfois indétectable par la personne qui en fait preuve.

Les médias nous abreuvent d’images violentes, qui définissent l’homophobe comme un skinhead à tendance nazies qui s’amuse à taper à coup de poing sur de paisibles couples de même sexe dans un coin de ruelle.

« Je suis gay, c’est naturel » « Je suis un homophobe aux doigts poilus, ça aussi c’est naturel »

Pour beaucoup de gens, l’homophobe est celui qui insulte, qui agresse des homosexuels inconnus dans des lieux publics. Bien sûr, ces gens là sont effectivement homophobes, en plus d’être des gens violents et déséquilibrés.

Mais sommes nous certains que nous ne nous cachons pas derrière ces gens pour ne pas avoir à reconnaître les problèmes dans nos propres comportements, à nous les gens « normaux », les gens qui sortent dans la rue pour prendre le métro et acheter des Stan Smith, nous les jeunes nourris à la tolérance ethnique (n’avons nous pas été élevés avec Morgan Freeman et Steve Urkle dans nos télés ?), et donc forcément au sommet de ce qui se fait de mieux en matière d’acceptation de l’autre ?

Après tout, la plupart d’entre nous acceptent volontiers que son entourage se déclare d’une orientation sexuelle ou d’une autre. C’est donc bien que nous sommes ouverts d‘esprits et tolérants, non ?

Si on est raciste, on n’accepte pas la proximité d’une personne de couleur, pensent beaucoup de gens. Donc si on accepte cette proximité, logiquement on ne peut pas être raciste, n’est ce pas ? C’est le fameux « j’ai un ami Noir ! ».

Pourtant le fait même de se féliciter « d’accepter » d’avoir des amis de couleur devrait déjà nous mettre la puce à l’oreille. Qu’y a-t-il à accepter ? Sa couleur de peau est simplement une des caractéristiques de cette personne. Personne ne s’est jamais vanté d’être capable d’accepter vos cheveux raides ou vos yeux marrons.

« J’ai un pote, il est impulsif, drôle, un peu prétentieux, toujours généreux, il est grand et tout sec, et il est d’origine asiatique ».

Ca ne devrait rien signifier de plus.

Lui est caucasien, mais ce commentaire d'image est ridicule et me fait rire, donc je le garde.

Pauvre Nick, c’est pas sa faute s’il est moyen.

Le fait de résumer la qualité ou la totalité d’une personne à la seule caractéristique de sa couleur de peau est déjà une forme de discrimination en soit. Déjà parce que personne n’aime être résumé par un détail de son apparence ; d’ailleurs personne ne dit « ah non moi j’ai rien contre les gens qui ont un gros cul, d’ailleurs j’ai une amie bien dotée du postérieur ».

Et surtout parce qu’être résumé à sa couleur de peau, pour les gens qui le subissent, c’est récurrent, ça n’est pas drôle, et ça ne doit pas être amoindri.

N’est ce pas la même chose pour les homosexuels ?

Ne pas éviter/insulter une personne à la sexualité non hétéro, est-ce être tolérant ?

Non, bien sûr.

Même dans mon entourage propre, certaines remarques fusent parfois, depuis l’expression nulle anciennement populaire du type « c’est pas un truc de pédé », impliquant que les homosexuels sont faibles et un peu lâches (c’est un peu le pendant de « c’est pas un truc de gonzesse ») et parfois plus gravement, sur le fait qu’ils espèrent que leurs enfants ne seront pas homosexuels.

Je ne sais pas si tout le monde se rend bien compte de la violence de cette phrase.

« J’espère que mon fils ne sera pas homo » (sous entendu, parce que MON FILS sera un vrai bonhomme)

(Car souvent il s’agit d’un garçon, la fille potentiellement lesbienne ayant l’avantage d’être déjà née dépourvue de toute caractéristique « virile » susceptible d’être mise en jeu dans l’histoire, et qui semble incompatible avec l’idée de se faire un jour pénétrer par un pénis dans sa vie sexuelle)

Cette phrase, je t’épargne le suspens, elle est homophobe. Pourtant ce sont juste des mots, pas des insultes, pas des coups, et dirigés contre aucune personne homosexuelle en particulier.

Mais la définition de l’homophobie, ça n’est pas la persécution des homosexuels. Être homophobe, ça commence par penser que l’homosexualité est une tare. Ni plus, ni moins.

Et c’est exactement ce que cette phrase veut dire.

« J’espère que mon fils ne sera pas homo », ça signifie que s’il l’est, il aura déçu ses parents. Simplement parce qu’il sera né comme il est, blond, têtu et homosexuel, il aura une tare. Désolé mon chéri, tu as tiré le mauvais ticket de loterie (car on ne choisit pas son orientation sexuelle évidemment) (sinon personne ne choisirait d’être autre chose qu’hétérosexuel, pourquoi se compliquer la vie).

Bien sûr, cela fait aussi écho à une autre mauvaise conception de la parentalité, qui est que l’enfant est un écho, un prolongement de soi même, sur lequel nous pouvons parfaitement projeter nos propres espoirs et nos attentes. Les parents qui disent « j’espère que mon fils ne sera pas homo » sont souvent offensés quand on ose suggérer que cela pourrait être le cas. Et le fait qu’ils se sentent personnellement attaqués quand il s’agit d’un commentaire sur une potentielle caractéristique non choisie, au même titre que la couleur des yeux ou le caractère, non pas d’eux mêmes mais de leur enfant, ça montre bien d’une part qu’il s’agit pour eux d’une insulte, mais également d’autre part qu’une certaine partie d’eux mêmes se sent diminuée personnellement par ces insinuations, comme si l’opprobre rejaillissait au final sur eux, les « concepteurs » de l’enfant. Où ont-ils failli ? Comment ont-ils pu à ce point rater leur coup ?

Autant de questionnements nuisibles à l’enfant.

Mais ces parents se demandent-ils vraiment quelles sont les conséquences de cette simple phrase, « J’espère que mon fils ne sera pas homo », parfois prononcée devant l’enfant ? Que se passera-t-il s’il s’avère être d’une orientation sexuelle non validée par ses parents ?

Un photographe poste régulièrement sur sa page Facebook « Humans of New York » des photos de gens dans la rue, accompagnée d’un petit texte relatant leur histoire, souvent pleine d’émotions et d’espoirs. Une fois, je suis tombée sur celle d’un petit garçon d’environ une dizaine d’année, assis sur des escaliers en extérieur. Il pleurait. Dans le texte de description, le photographe rapportait les propos de l’enfant : « je pleure parce que j’aime les garçons, et j’ai peur qu’on ne m’aime plus ».

Ce genre de propos, c’est d’une telle violence… Les commentaires se sont multipliés, tous incroyablement touchés et affectueux envers la peur et le chagrin qui se lisait dans les yeux de ce garçon. Mention spéciale à Hillary Clinton, qui a adressé un message d’espoir à l’enfant.

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« Prédiction d’une adulte : ton futur sera fantastique. Tu te surprendras toi même par ce dont tu seras capable et les choses incroyables que tu feras. Trouve les gens qui t’aiment et croient en toi – ils seront nombreux – H » « Merci pour ça, Mme Clinton »

Dire à son enfant qu’il ne sera pas admis qu’il soit homosexuel, c’est lui envoyer le message que l’amour qu’on lui porte est soumis à conditions.

Et s’il s’avère qu’il aime les garçons ? Aura-t-il alors des rapports sains et ouverts avec ses parents, supposés être ses piliers dans la vie ? Pourra-t-il s’ouvrir à eux de ses craintes et des épreuves que la société lui fera probablement subir en raison d’une orientation sexuelle qu’il n’a pas choisie, et obtenir le soutien dont il aura besoin ?

Non, bien sûr.

Un enfant ne se risquerait pas à perdre l’amour de ses parents.

Mais il y a également une autre conséquence à tenir à son fils ce genre de propos : car s’il grandit hétérosexuel, dans l’approbation parentale la plus totale, après avoir entendu toute son enfance qu’il est heureux qu’il n’ait pas pris un autre chemin dans sa vie intime, quelles seront ses pensées d’adulte ?

Une fois qu’on a été nourrit pendant son enfance avec la certitude que certaines orientations sexuelles valent moins que d’autres, peut-on devenir un modèle de tolérance ?

Il est malheureusement plus probable que ce garçon reproduira dans sa vie d’adulte exactement le comportement et les phrases qu’il a entendues toute son enfance.

Et que le jour où il s’apprêtera à être papa, il dise :

« J’espère que mon fils ne sera pas homo ».