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DDIY le retour – la trousse de toilette mi-chiée

Très cher Internautre,

Je suis bien aise de revenir en ce jour avec ce superbe non-tuto, aussi appelé Don’t Do It Yourself (sérieusement, je ne devrais pas persister). Comme tu sais peut être si tu as suivi mes autres posts de DDIY, je suis particulièrement manche dans toute activité nécessitant dextérité, précision et patience. C’est donc tout à fait logiquement que je me suis lancée dans la couture, qui nécessite toutes les qualités susdites, et aucune des miennes (soit un incroyable sens de l’humour qui laisse ma machine parfaitement froide, une propension surnaturelle à faire tomber des trucs, et une verve qui ne m’aide à aucun moment à faire des noeuds corrects).

Cependant, je possède un vrai atout que je ne manquerai pas à nouveau de mettre à contribution dans l’expérience textile qui fait l’objet de ce chatoyant post. Je dispose en effet d’une forme de persévérance qui, en réalité, tient plus de la naïveté enfantine nourrie par Disney et qui stipule que le gentil héros finira forcément par triompher malgré les obstacles.

Alors lorsqu’un beau matin, ma superbe trousse de toilette Space Invaders achetée il y a 7 ans a vu ses entrailles complètement à l’air pour cause de défaillance irréversible de sa fermeture éclair, j’ai pris les choses en main.

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La défunte

J’aurais sans doute pu tenter de la réparer et de remplacer la fermeture éclair. Mais DEDIEU, comme dit mon papa, comment fait on ? Il aurait certainement fallu que je commence par l’ouvrir sur un côté puis la recoudre, et j’avais peur de la massacrer. Autre souci qui ne m’est apparu qu’après avoir terminé ma nouvelle trousse objet de ce DDIY, l’épaisseur du tissu plastique m’aurait probablement obligée à la coudre par le truchement d’un marteau piqueur relié à une aiguille.

Comme je voulais pas me lancer complètement à l’aveugle, j’ai trouvé sur YouTube un très bon tuto, que toute personne vaguement appliquée (= pas moi) saura suivre sans problème.

Etape 1 : couper le tissu aux bonnes dimensions

Comme à chaque fois, mon premier moment de galère arrive extrêmement tôt. A la seconde 1 en vérité, puisqu’après avoir tenté de créer un reclangle à angles droits avec un triple décimètre comme seule arme car je ne souhaitais pas obtenir une trousse en forme de losange, j’ai finalement réussi à dessiner un semblant de quadrilatère à angles droits. Puis j’ai bien sûr soigneusement coupé le long d’une ancienne ligne qui traversait le rectangle désiré. Parfaitement.

J’ai donc TOUT recommencé, sans plus de moyens de réussir correctement. Je comprends maintenant pourquoi les meufs qui font des tutos ont des tapis spéciaux.

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En fait c’est pas pour faire joli

Le résultat était pas joli joli, mais bon j’aurais qu’à tout mettre à niveau après, tant qu’ya du tissu ya de l’espoir !

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Admire moi cette incroyable découpe parfaitement symétrique, ça te tirerait quasi une larme

 

 

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On voit pas bien, mais je pense que tu peux deviner quel doigt est montré sur cette image

Etape 2 : coudre toutes les épaisseurs entre elles

Petite difficulté inattendue : dans la mesure où il s’agit d’une trousse de toilette, il fallait la tapisser d’un tissu imperméable. j’ai choisi un bout de toile cirée qui trainait dans ma réserve à tissus (= un sac plastique avec tout roulé en boule calé dans un coin de la méridienne de mon canapé, entre les décos de Noël et le linge de maison propre).

Or, quelle est la particularité de la toile cirée ? Elle est épaisse, oui. Mais la mienne avait même une caractéristique supplémentaire : son revêtement était adhérent, avec lui même et toute autre surface lisse. Comme par exemple celle de ma machine à coudre. Le résultat fut parfaitement atroce. Le tissu adhérait tellement à ma machine qu’il n’avançait plus entre les points, conduisant à une accumulation de noeuds les uns sur les autres. Dans une tentative désespérée de suppléer à l’incapacité de ma machine à faire défiler le tissu sous l’aiguille, je me mis alors à légèrement tirer le bazar en me synchronisant au maximum avec le rythme de l’aiguille. Dans un dessin animé, le pays où le maquillage se met et s’enlève d’un geste, et où les gestes humains sont parfaitement précis et efficaces, ça aurait très bien marché.

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Mulan n’a besoin que d’une manche imbibée de larmes pour se démaquiller #nocoton #noyeuxdepanda

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Ni mèche rebelle ni noeuds, ni même besoin de 5 doigts à chaque main

Mais nous sommes dans le monde réel, où les tomates moisissent, les gens d’une même famille peuvent être qui mélanchonnistes, qui macronnistes, où les histoires ne se terminent pas le jour du mariage et où les gestes de déplacement de toile cirée sous une aiguille de machine à coudre ne sont ni réguliers, ni rectilignes.

#massacre

Soit dit en passant, ma copine Lili m’a depuis informée qu’en collant du masking tape sur la machine, on pouvait éviter l’adhérence du tissu et faire un truc tout propre. Je te donne l’astuce, des fois que tu aies envie de tenter le tuto sans flinguer ta machine.

Etape 3 : sauver les apparences par flemme de recommencer

(et aussi parce que je n’avais aucun moyen de faire mieux la seconde fois, vu que je n’avais pas encore le tips du masking tape)

C’est là qu’intervient la partie talentueuse de ma personne (puisque jusque là on a plutôt vu la partie calamiteuse) : c’est parti pour le rattrapage / camouflage ! Ou comme je l’appelle, le rattraflage. Pour rattraflager votre oeuvre, pas de soucis : il suffit de continuer comme si de rien n’était, en faisant en sorte que les défauts restent planqués sur un côté masqué de votre oeuvre. En l’occurence, ma trousse ayant vocation à n’être imperméable que de l’intérieur, je savais que tous noeuds dégueulasses et autres coutures immondes seraient planquées à l’intérieur.

Il ne me restait plus qu’à faire les dernières coutures à la main, histoire de moins s’emmerder qu’avec la machine sur ce tissu de l’enfer.

Et TADAAA

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Sur une des photos, il se pourrait que tu remarques que ma trousse est plus trapézoïdale que rectangulaire. Je pourrais te dire que c’est une illusion d’optique et que tu es bien mesquin de me renvoyer la faute de ta basse vision.

Mais bon, tu sais que je n’aime pas mentir.

OK, elle est trapézoïdale.

Et à l’intérieur, on peut voir encore les tristes vestiges de la bataille menée contre les coutures qui partent en steak.

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MAIS tant qu’elle remplit son office, finalement tout va bien !

N’est ce pas ?…

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Mon conseiller-gourou Pôle Emploi

  • Bonjour mademoiselle, alors dites-moi, pensez-vous que les romans de coaching comme celui que vous lisez ont une utilité ? Demande-t-il en désignant ledit bouquin sur mes genoux.
  • Je ne sais pas, je suppose que cela dépend des gens, je réponds, jugeant la question peu intéressante.
  • Ah, c’est une preuve d’intelligence, ça ! De dire qu’on ne sait pas ! S’exclame-t-il d’un ton mi surpris mi appréciateur.

J’ai toujours pensé que les gens qui nous complimentent pour notre intelligence / beauté / humour, etc. sans raison valable (en l’occurrence, juste parce que j’ai avoué que je ne savais pas quelque chose, ce qui arrive tout de même régulièrement) cherchent au fond à se positionner comme dominant. Ils se placent comme la personne qui nous valide d’emblée, sans préciser qu’il s’agit de leur opinion (ex « j’ai toujours pensé que c’était une preuve d’intelligence d’avouer son ignorance »), mais par un très affirmatif et sûr de soi « ah ça c’est une preuve d’intelligence », avec un sourire surpris qui signifie « je vous félicite, parce qu’à la base je n’avais pas spécialement une haute opinion de vous, mais à présent je vois que vous êtes digne de mon intérêt ».

Le piège à éviter, c’est de se sentir tellement flatté que l’on va avaler tout ce que dit la personne derrière comme la parole de Celui-Qui-Sait, puisqu’il nous dit que nous étions intelligent / beau / drôle, etc. Et que nous avons envie qu’il continue à nous valider, et ne pas le décevoir après une si bonne première impression.

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Viens chercher ton compliment, viens

Quand je tombe sur ce genre de comportement, je me braque directement dans mon fort intérieur. Je souris poliment mais je ne remercie pas, car je ne juge pas pour l’instant que cette personne est légitime à valider ce que je suis ou ce que je ne suis pas.

Pour le coup, il s’agissait des premières phrases de mon conseiller Pôle Emploi lors de notre premier rendez-vous. Méfiance, m’ont donc susurré mes intestins (très réceptifs à la merde). Et ils avaient raison, comme l’a prouvé la suite de la conversation.

  • Donc vous avez demandé à faire un bilan de compétences ? Il demande ça avec un large sourire qui ne remonte pas jusqu’aux yeux et qu’il aura tout le long de l’entretien, comme un genre d’étrange réflexe musculaire facial.
  • En effet, je réponds, j’ai eu tendance à m’ennuyer rapidement dans mes emplois précédents, et je voudrais trouver une activité différente et plus stimulante.
  • De ce que vous me dites, dit-il après une petite pause dramatique, c’est que vous souffrez d’un problème existentiel.
  • Qu’est ce que vous entendez par là ?
  • Et bien vous êtes insatisfaite, n’est ce pas ? Et depuis longtemps. C’est donc qu’en réalité c’est un problème existentiel, qui n’a pas de rapport avec l’activité que vous exercez.
  • Vous êtes en train de me dire qu’un bilan de compétences n’aura pas d’intérêt, car je souffre d’insatisfaction chronique quoi que je fasse ?

Le mec rit avec l’air vaguement gêné. Je crois qu’il n’aime pas mes phrases trop directes, qui résument trop à son goût une pensée qu’il ressent beaucoup plus complexe. J’avoue que je fais un peu exprès de simplifier pour le confronter à ses propos qui ne me plaisent déjà pas.

  • Bon, me dit-il, vous êtes d’accord que vous êtes conditionnée ?
  • Comment ça ?
  • Et bien, reprend-il avec son large sourire mi forcé mi réflexe, dites-moi, qui êtes-vous ?
  • Euh, une jeune femme de 28 ans qui cherche un nouveau travail ?
  • Ah ! Et est ce que ce que vous me dites de vous est spécifique à votre personne ?
  • Non, bien sûr.
  • Et donc, qu’est ce qui est spécifique à vous ?
  • Et bien ma personnalité, mon vécu, mes souvenirs, mes gènes…

J’énumère en croisant mes jambes bien serrées, déjà consciente que cet entretien sera beaucoup trop long.

  • Tout à fait, (il s’illumine comme un professeur devant un élève prometteur) ce sont vos souvenirs et votre expérience. Et tout ça c’est votre conditionnement.
  • D’accord, mais nous sommes tous conditionnés, c’est ce qui fait aussi notre individualité.
  • Bien sûr, mais il faut regarder ses pensées, de façon à pouvoir nous déconditionner, et voir la vie de façon plus globale.
  • Regardez, moi par exemple tout à l’heure je vous ai vue arriver, je me suis dit « tiens elle est jolie »

Oh non, ne va pas dans cette direction, je t’en supplie. Je sens mon visage se crisper devant la gêne qui s’installe. Gêne que lui ne ressent visiblement pas le moins du monde, puisqu’il persiste.

  • Je me dis même, continue-t-il, « elle pourrait me plaire »
  • Mais à ce moment là je me vois penser tout ça, et donc je n’ai pas le comportement que ça aurait pu entrainer, comme être plus gentil ou vous accorder un entretien plus long.

Soit dit en passant, mon entretien a duré 2h, dont à peine 10 minutes d’explications sur les formations auxquelles j’avais droit, ce qui était tout de même la raison initiale de ma visite. Donc j’aimerais bien savoir, puisqu’apparemment j’ai eu la version courte grâce à sa capacité à regarder ses pensées, combien dure le full time entretien spécial jolies filles ? Genre le mec ne peut prendre que deux rendez-vous par jour en fait.

  • Je vois. Et donc, que fait-on ? Je demande, dans une tentative de recentrer la discussion sur la raison de ma venue.
  • Haha, rit-il avec l’air indulgent du maître d’école devant un élève récalcitrant qu’il compte bien éduquer proprement, quoi qu’il lui en coûte. Diriez-vous que vous êtes confuse en ce moment ?

J’allais bientôt apprendre que toute question directe de ma part serait déviée automatiquement par une nouvelle question sans aucun rapport apparent avec le sujet.

TOURNOI D'INDIAN WELLS

Bim dans ta face la question

  • Hum oui, sur le plan professionnel je suis confuse en effet
  • Ah ! Donc vous estimez que la vie se partage en plusieurs plans différents et sans rapport entre eux, personnel, professionnel, loisirs… ? Pourtant vous êtes bien la même personne, dans toutes ces situations ?
  • Oui, c’est en effet toujours moi. (Je commence à m’agacer)
  • Donc vous voyez que vous êtes confuse. Et quand vous faites appel à une autre personne pour vous aider, comme pour ce bilan de compétences, c’est donc une décision qui est le résultat d’une confusion ?
  • Ecoutez, évidemment si je n’avais pas eu de problème je n’aurais pas eu besoin d’aide, je réponds agacée.
  • C’est sûr, continue-t-il sur sa lancée, par le moins du monde affecté par ma réponse. Mais le fait est que l’esprit ne peut pas être ouvert et regardé comme on peut le faire sur le corps, et donc qu’il n’y a que vous pour savoir ce qu’il y a au fond de votre esprit.
  • Je ne cherche pas à trouver quelqu’un qui me dira ce qu’il y a dans mon esprit, juste quelqu’un qui me guidera afin que je me pose les bonnes questions pour trouver les réponses moi même.
  • Mais dans ce cas vous pouvez très bien le faire vous même, car dans un bilan de compétences, on se focalise sur les expériences passées, or le passé c’est ce dont vous ne voulez plus ! Vous allez donc vous limiter à cause de votre confusion.

Passé ce point, il m’a semblé que la discussion tournait en rond bien comme il fallait. Je venais pour avoir une solution, pas une absence de solution.

  • Ecoutez, je réponds, volontairement directe, vous me dites depuis le début ce qu’il ne faut pas faire, apparemment un bilan de compétences, mais du coup qu’est ce que vous me conseillez de faire ?

C’était ma tentative n°2 de tirer de cette homme un contenu autre que des grands concepts vides, quelque chose qui me permettrait de mettre quelque chose en place une fois sortie de son bureau.

  • Et bien, il faut écouter vos pensées, répond-il avait l’air réjoui.

A ce moment, j’ai retenu un gros soupir de découragement. Cet homme n’était pas un conseiller Pôle Emploi, mais un gourou. Un gourou au sourire automatique.

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Exemple de rendez-vous Pôle Emploi qui tourne mal

  • Mais pas juste une fois, précise-t-il, il faut le faire chaque instant et tout au long de la journée, tous les jours ! Ainsi vous pourrez voir la vie plus globalement et vous débarrasser de vos conditionnements.
  • Vous savez que l’on change sans arrêt, vous êtes d’accord ? Reprend-il devant mon absence de réaction
  • Oui, je réponds laconiquement
  • Dans ce cas, triomphe-t-il, ça n’a pas de sens de définir vos objectifs à cet instant, puisque vous allez à nouveau changer.
  • Mais vous savez, je ne cherche pas un boulot pour la vie, hein, je suis prête à refaire la même démarche dans 5 ans, 10 ans, si jamais ça ne me plait plus à nouveau.
  • Ah ! c’est bien déjà, vous ne pensez pas que la même tâche saura résoudre votre problème existentiel toute votre vie !
  • Cela dit, je reprends, les enfants aussi grandissent sans discontinuer, et ça n’est pas pour autant inutile de les mesurer. Ils font une certaine taille à un instant, on sait que ça va changer, et ça n’empêche pas qu’il est utile de pouvoir leur trouver des vêtements à leur taille à ce moment précis.
  • Mais ça ne résoud pas le problème existentiel !

Toute cette conversation commence à me chauffer. Je réessaie encore une fois.

  • Bon, du coup, qu’est ce qu’on fait ? Je demande en regardant vers son écran d’ordinateur, que nous n’avons pour l’instant pas regardé.
  • Ah, vous voulez toujours faire un bilan de compétences ? Me demande-t-il avec l’air un peu déçu que je n’ai pas eu l’élévation d’esprit nécessaire à la compréhension de son discours.

Cet homme étant mon conseiller Pôle Emploi officiel et donc la personne qui va potentiellement valider tous mes choix de formation, je ne veux pas qu’il m’ait dans le nez. Je rassemble donc tout ce qu’il me reste de gentillesse et de bonne volonté pour lui répondre.

  • Ecoutez, je vous remercie d’avoir pris de votre temps pour m’exposer votre vision des choses, et je la prendrai en compte dans ma réflexion, mais je ne vais pas prendre cette décision maintenant.
  • Vous dites tout le temps « Je », mais qui est ce « Je » ?
  • (je soupire, lassée) C’est moi.
  • Dites-moi, dit il après un instant de réflexion, pensez-vous être maître de vos décisions ?
  • Oui. (A ce stade je ne réponds plus que par monosyllabes, je suis au bout du fond du seau)
  • Ah intéressant ! Et pensez-vous être maitre de vos pensées ?
  • Non.
  • Bien ! Mais dans ce cas quelle différence faites vous avec la maitrise de vos décisions ?
  • Et bieeeen, mes pensées ne sont pas commandées, mais mes décisions sont prises consciemment.
  • Aha, mais alors qu’est ce que la conscience ?

J’avoue à ce moment m’être laissée aller au plus gros soupir de l’histoire des soupirs. Même lui n’a pas réussi à passer outre mon expression d’intense lassitude.

  • Vous savez, dit-il en souriant, tout ça ce n’est qu’une question de croyances, au final, tout ce qui est dans notre esprit ! Tout ce qui n’est pas les faits ou la réalité des objets, tout ce qu’on ne peut pas voir soi même, c’est une croyance !
  • En effet, sauf le consensus scientifique tout de même, qui peut généralement être considéré comme avéré dans beaucoup de cas.
  • Aha, non le consensus scientifique c’est aussi une croyance !
  • Ah mais non, je m’exclame, en bonne scientifique de formation que je suis.
  • Mais si, répond-il sans se démonter, ce que disent les scientifiques ne peut pas être vérifier par l’ensemble des gens, donc il relève de la croyance au même titre que Jésus qui…
  • Certainement pas, je le coupe, vous ne pouvez pas mettre la religion sur le même plan que la science. La science est vérifiée par des experts du domaine qui ont suffisamment de crédibilité scientifique, ou en tout cas dont la crédibilité peut être vérifiée au travers du nom de l’expert ou de la fiabilité de la revue qui a publié les données. Moi par exemple si vous me donnez un article de biologie, je suis capable de vous dire s’il tient la route, mais je n’ai pas besoin de faire des études de physique quantique pour faire confiance aux découvertes des spécialistes de ce domaine.
  • Mais si, car rien de tout ça n’a été expérimenté par vous, vous ne faites que croire en ce que disent les experts !

Bon sang, nous étions à deux orteils des théories du complot. Il a cependant enfin consenti, la mort dans l’âme, à me montrer rapidement les différentes options de formations qui s’offraient à moi et me préciser qu’il ne me restait que 505 jours d’indemnités, avant de clore enfin ce rendez-vous de l’enfer. Mais encore fallait-il qu’il me raccompagne jusqu’à la porte de sortie, à un étage et trois couloirs de là.

  • Mais vous savez, me dit il tandis que nous marchons vers l’ascenseur, se défaire de ses conditionnements, c’est le travail de toute une vie !
  • Certes, je réponds, de nettement meilleure humeur maintenant que je vois le bout de ce rendez-vous, sauf que moi j’ai pas toute la vie, seulement 505 jours, voyez.

Il a eu l’air de trouver le trait d’esprit irrésistible, et a rigolé de bon coeur pendant que nous changions d’étage.

  • On meurt trop tôt pour en voir le bout d’ailleurs, de votre truc, je renchéris.
  • Ah ça, à chaque fois qu’on pense, on est mort !
  • Euh non, je pensais plutôt à la mort genre décès, quand on arrête de vivre.
  • Ah mais vous savez, penser c’est mourir !

Jésus. Quoi encore ! La porte est là à quelques mètres devant moi, la libération si proche, ne le laissez pas partir à nouveau dans ses délires !

  • Et oui, car lorsqu’on pense, on n’est pas dans le présent. C’est comme ça qu’on provoque des accidents, ou qu’on se prend un poteau dans la rue (il mime un choc frontal avec talent). Donc quand on pense, on est morts car on n’est pas dans le faire.

A ce moment là, je suis au bout du rouleau de mon existence. Il y a tant de choses qui ne vont pas dans ce raisonnement. La pensée permet tellement plus que de juste être là à stupidement faire les choses. La pensée permet la création, l’ingéniosité, la remise en question, la réflexion, l’évolution, la compréhension… Mais à ce moment je n’en ai plus rien à foutre et laisse mon goût du débat au placard en lui tendant la main avec un grand sourire :

  • Je ne suis pas du tout d’accord, mais ça n’est pas grave ! Lui dis-je, impatiente de retrouver l’air libre, même celui de Porte de la Chapelle qui pue le pipi en passant sous la voie ferrée.
  • C’est ça qui est bien, dit il souriant en me serrant la pince, c’est qu’on peut ne pas être d’accord !

Et c’est sur ces sages paroles que nous nous sommes quittés, enfin.

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« Libérée, délivrée », allégorie de ma sortie du Pôle Emploi

Jésus, faites que je n’ai plus jamais à lui parler.