Archives Mensuelles: mars 2013

Les adultes ça n’existe pas

 Le chef des ventes entre dans la salle surchauffée. Son pantalon peine à faire le tour complet de son ventre, et la peau de son cou ballote à chacune de ses inspirations poussives.

–       BON alors, c’est pas que vous soyez à côté de la plaque, c’est plutôt qu’y en a qui devraient penser à se bouger le cul.

Silence dans la salle. Les responsables régionaux des ventes, tous assis autour d’une table en U, attendent la suite avec un air blasé. Tous sont largement habitués aux humeurs plus ou moins violentes de leur chef direct.

Jean-Johnny, le chef du marketing, fait une petite moue pincée. Rasé de près, carrant ses épaules dans son costume hors de prix parfaitement coupé, il prend une grande inspiration en haussant les sourcils d’un air pénétré.

–       Ce que veut dire Johnny, intervient-il d’un air pontifiant, c’est que dernièrement au vu des objectifs, on a constaté un léger…

–       Ce que JE VEUX DIRE, reprend Johnny d’un air courroucé, c’est que notre straaAA ?

Silence dans la salle. L’audience est accoutumée à la façon qu’a Johnny de couper ses phrases au milieu comme pour laisser la place à des suggestions, sauf que dans sa version de l’exercice c’est en plein au milieu d’un mot qu’intervient la coupure. Ce qui rend la devinette particulièrement infaisable. Et vaguement ridicule.

–       Tégie est efficace, simplement au niveau de la MISE EN PLACE, certains d’entre vous n’ont pas su profiter des opportunités qui se présentaient.

Plic et Ploc en réunion interstellaire

–       Hemm.

Jean-Johnny se racle la gorge. Il a les yeux rivés sur le stylo Montblanc qu’il tournicote entre ses doigts depuis le début de la réunion et inspire à travers ses dents découvertes par ses lèvres retroussées.

–       Notre sratégie, qu’on vous avait présentée il y a 3 ou 4 mois hein, est tout à fait… adaptée et vis à vis des besoins du marché. Ce qu’il faut vraiment faire attention, c’est… A la mise en place de cette sratégie.

–       Est ce que c’est pas EXACTEMENT ce que je viens de dire ??

Johnny vient de perdre son sang-froid, et en général c’est pas joli à voir.

–       Qu’est ce que c’est que cette PUTAIN de façon de prendre les gens pour des CONS. A un moment on est là pour BOSSER et pas pour raconter des CONNERIES.

–       Je comprends ce qu-qui tu d-dis..

Jean-Johnny, qui déjà souffre occasionnellement de problèmes d’élocution, n’arrive soudain plus à sortir un seul mot intelligible. Le visage rouge et congestionné, il se lève et sort de la salle drapé dans sa dignité.

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Les gamins sont tous rassemblés en cercle autour d’un tas de billes dans une disposition laissant deviner qu’un jeu est en cours. Jojo, dans sa salopette bleu foncé, se redresse d’un air pénétré, ses joues rondes crispées dans son petit visage concentré.

–       C’est pas comme ça qu’il faut qu’on joue, les règles c’est pas ça. Ca pue si tu fais pas bien.

Jean-Jojo, bien coiffé dans sa petite chemise taille 6 ans, n’a pas l’air d’accord. Son petit nez pointu se plisse, ses sourcils sont froncés et il tripote la médaille de baptême pendue à son cou.

–       En vrai c’est pas la vraie règle des billes, sinon c’est ne porte quoi et c’est nul.

–       Mais OH c’est c’que j’ai dit. C’est pas la peine que tu parles si c’est pour faire que répéter !

Jojotte et Jeanne-Jojotte n’en sont pas à leur coup d’essai

Les autres enfants attendent en silence. La plupart ont la bouche entrouverte, certains se curent le nez, tous attendent de savoir ce qu’il va ressortir de l’affrontement entre Jojo et Jean-Jojo.

–       Ben je fais ce que je veux et en plus j’ai même pas répété.

–       SI T’AS REPETEEE

Jojo, courroucé, prend alors de l’élan et de ses deux bras tendus pousse Jean-Jojo les fesses dans les gravillons de la cour.

–       AIIEUUUUUUHH

Jean-Jojo, les mains écorchées, se met à pleurer. Submergé par les événements, il se redresse maladroitement et part en courant.

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Les adultes ne sont en réalité que des enfants qui font semblant de ne pas avoir très envie de se bourrer le pif avant de partir en pleurant.

Et qui peuvent se farcir de bonbons à toute heure de la nuit si ça les botte.

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L’adultisme me gagne

Les enfants, tout arrive.

Le Pape démissionne, mon grand-père me parle sur WhatsApp, et j’aaAAIII MON PERMIIIIIS comme dirait une fille hystérique. Etant donné que je frôle la normalité, je vais me contenter de dire avec calme et désinvolture que pour la modique somme de 3000 euros, 3 ans et 3 passages à l’examen, la société a enfin eu l’insigne bonté de m’octroyer le doux papier rose, aussi connu sous le nom de « passeport pour l’adultisme ».

Car dans ma vie j’ai passé pas mal d’étapes initiatiques et je dirais même rituelles dans la mesure où la blinde de personnes vivent la même chose. Je crois que le premier truc qui m’a faite me rendre compte que je me rapprochais de la péremption, c’est vers mes 14 ans, quand je me suis rendue compte que le temps se rabougrissait. Genre un mois avant je me demandais comment mes parents pouvaient s’ennuyer au point d’avoir un planning prêt pour les vacances d’été au mois d’octobre, alors qu’à mes yeux les deux prochaines semaines étaient déjà un puits sans fond de mystère insondable.

Et puis me voilà soudain, arrivée à un moment de mon existence où l’expression « plan à 5 ans » a un sens,  et où les anniversaires s’enchaînent au point d’avoir un mal de coyote à mettre mon âge à jour lorsqu’on me le demande.

OOOOOHHH BEEEEEN 16 ANS ET DEMIII PAS PLUUUS hihhi

Et puis la fin du lycée a sonné,  j’ai révisé mon bac armée de fiches bristol à petits carreaux, de stylos dont chaque couleur avait une place très précise dans la hiérarchie des titres, et secondée par l’intégrale des valses de Vienne et de l’album de Notre Dame de Paris. Je sais, je sais. Mais il fallait bien que ça sorte un jour ou l’autre : oui, je connais les paroles de « Belle » par cœur. Mais à vrai dire, ça n’est pas le fait d’avoir mon bac grâce à 15 fiches de bio, physique chimie et maths, 1 recto d’histoire géo et quelques épisodes de Friends en VO pour les langues, non le vrai changement c’est l’entrée à l’Université.

Bien sûr « Université » ça paraît un grand mot pour désigner des immeubles moches sur une pelouse pelée pleine de rastakouères en train de prendre le soleil avec un pétard au bec. Oui parce que les gens sérieux sont pas H24 sur la pelouse. Bon okay peut-être que si. Bref, le truc qui  a vraiment révolutionné ma life, c’est pas le RU, non la bouffe changeait pas de la cantine, non ce sont les heures de cours. Est ce que c’est pas une hérésie complète d’habituer la jeunesse à se concentrer pendant des créneaux de 50 minutes pendant toute leur vire pour soudain les balourder là où la concentration doit durer 1h30 ? Eh bien je ne crois PAS.

Un cours de socio classique

De là s’ensuivirent plusieurs années de vieillissement artériel et de succession de coupes de cheveux pas toujours heureuses. Et puis un jour, PAF j’ai emménagé avec mon copain. Dernier coup d’adultisme en date. Dis toi, Internautre, que je suis actuellement en possession d’un lit conjugal. C’est pour te dire le truc.

Mais rien ne m’avait autant stressée que le permis de conduire. Bon c’est vrai que mon emménagement de couple m’avait tout de même occasionné un quasi bris de genou psychosomatique. Mais avec le permis j’ai frôlé la tumeur de cerveau et ça ça fout les boules grave. Alors je te cache pas que je l’ai eu au poil de fion, vu que sans mon point de courtoisie je l’aurais eu dans le cubitus. Il est également probable que is je n’avais pas mis 3000 plombes à répondre aux questions de l’examinateur j’aurais eu plus de temps de conduite effectif et donc plus de probabilités de commettre un erreur fatale, seulement il se trouve que je suis une burne en questions, comme je le mentionnais tantôt, et qu’il a donc trimé sa mère pour me faire sortir le bousin.

–       Mettez le rétroviseur en position nuit

* clic *

–       Voilà !

* Il me fixe *

* Je suis perplexe *

–       AH !! Oui, pardon ça c’est le vôtre.

L’histoire de ma vie. Heureusement qu’il n’y avait pas de pénalité pour cervelle en gelée de coings.

Mais tout cela importe peu. Car aujourd’hui, plus que tout autre jour de ma vie, je cumule les facteurs d’adultisme à un point inquiétant.

Un point rassurant pour mon degré de péremption cependant : j’aime toujours écouter les chansons Disney.

J’ai dit rassurant ?…